On est toujours ému en découvrant les photos de Milomir Kovačević. Qu'il s'agisse des séries réalisées pendant le siège de Sarajevo (1992-1995) ou celles qui remontent à l’avant-guerre, ses images nous laissent toujours sans voix. 

Du temps de la paix, ce photographe hors norme a parcouru Sarajevo, sa ville natale, de long en large, et nous en a laissé un témoignage inestimable. Le témoignage d’une ville à part, en marche vers la modernité, mais aussi imprégnée d’une tradition bariolée, caractéristique de ces villes se trouvant au carrefour des civilisations.
 
Toujours en noir et blanc, doué d'un sens aigu du moment propice au déclenchement de la prise de la vue, Milomir nous fait revivre des instants d’une vive émotion grâce à ses portraits de gens ordinaires et heureux de se trouver en sa compagnie.
Car, ce qui le rend unique, Milomir, c’est qu’il est avant tout, un photographe humaniste, celui qui ne cache rien et ne cherche pas à embellir la réalité. Pas de symbolique superflu ni d’effets spéciaux. Ce sont les visages rayonnants et confiants de ses modèles qui rendent aux photos de Milomir toute leur beauté.


Faut-il souligner que l'on n'est à la recherche d'une quelconque représentativité de la population de cette ville qu’il connait d’ailleurs comme sa poche. Milomir capte là où il sent la symbiose s’opérer entre l’artiste et son « modèle ». Le regard n'est nullement biaisé par une intention de montrer et de déformer ainsi le naturel qui se dégage spontanément des sourires au coin des lèvres, des grimaces volontairement menaçantes ou des poses prises par tous ces vieillards, enfants et femmes, acteurs du "jeu" mené par le photographe.

Certains visages nous semblent familiers, et pour cause. On les a déjà vus dans les premiers films de Kusturica. D’autres encore, vendeurs de petits pains, miroirs ou savons tout usage, facteurs, policiers, petits Roms en train de jouer, femmes du marché aux puces, plongeurs occasionnels, tout ce beau monde est là, comme dans une fresque amarcordienne faisant renaître à la surface une vie déjà lointaine mais bien réelle de Sarajevo.

Le plus original dans les photos de Milomir, c’est ce mélange du quotidien avec les symboles de l’époque, visible très nettement sous forme d’étoile rouge sur les casquettes des soldats et des forces de l’ordre, drapeaux yougoslaves brandis tous azimuts à l’occasion d’une victoire sportive, portraits de Tito omniprésents dans les rues de la ville. Réunir avec autant de finesse artistique ces deux dimensions n’est pas donné à tout le monde. Décidément, il faut être un grand pour rendre la simplicité de la vie aussi magique.

Asja Prohić

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