Vendredi 8 novembre, l'exposition "...de Zagreb à Vukovar..." sera installée au lycée Lebrun de Coutances (Manche). Cette dernière y restera peut-être pour toujours car son auteur souhaite l'offrir pour soutenir le beau projet de l'association suivante : http://www.sentiersdelamemoire.org/

… de Zagreb à Vukovar ...
photographies de Laurent Porée

Ovcara.jpg 

 
C'est en septembre 1996 que j'ai posé mes premiers pas dans les Balkans, et plus particulièrement à Mostar en Bosnie-Herzégovine.
C'est à ce moment que la grande Histoire m'a sauté à la figure, au travers de petites et multiples histoires. Ces histoires, racontées par des familles au sujet de la guerre en ex-Yougoslavie... Comment rester indifférent dès lors que l'Europe est en train de se construire mais qu'elle n'apprend pas à digérer son Histoire ?
Comment être indifférents dès lors que nous venons de Basse-Normandie, cette terre qui reçut la grande clef de la libération de l'Europe du joug du nazisme ? Quelques décennies plus tard, unans sans son organe culturel ? Toutes les plaies n 'étaient pas effacées. Certes dans le musée les parqu génocide se produisait à Srebrenica, sous les yeux de l'OTAN et de la Communauté Internationale. C'était le 11 juillet 1995. Plus de 9000 hommes ont disparu sous les balles. A ce jour des mères, tantes, filles, grands-mères attendent toujours et encore de faire le deuil. Il reste encore beaucoup de corps à retrouver dans les différentes fosses de l'époque. Le 11 juillet 2000 je me suis retrouvé à la cérémonie religieuse. Je resterai pour toujours troublé, troublé par les deuils qui ne peuvent se faire faute de retrouver la trace d'un corps, troublé par le silence... Mon retour, en larmes, une chute qui cependant me permit d'entendre un cœur battre. 
Cette exposition est constituée de photographies prises en Croatie, région où je me rends souvent depuis 2009. C'est à la suite d'une demande non formelle de l'équipe de la bibliothèque de Carentan, que l'idée est venue de vous proposer des photographies prises entre 2009 et 2011.
Ces quelques clichés présentent la capitale de ce pays et une autre ville plus à l'est, Vukovar, située à la frontière serbe. Il est bien connu qu'en temps de paix ces villes sont prospères mais en temps de guerre, telle l'Atlandide, elles disparaissent de la surface du globe.
Le 18 novembre 1991 nous parvenaient les premières images de l'horreur que la société civile subissait si lourdement. Le temps était venu, vingt ans après, de me rendre sur le site qui avait été une porte de l'enfer.
Vukovar marche hors du temps et rien n'est fait pour cacher les plaies. En arrivant le 16 ou 17 novembre, le musée de la ville venait tout juste d'être inauguré ! Il venait tout juste de panser ses plaies mais comment une ville peut elle vivre pendant 20 ets brillaient de mille éclats, nous respirions encore la peinture fraîche, mais à l'extérieur, nous pouvions voir dans la cour les arbres calcinés pendant la guerre. Ensuite nous sommes allés nous recueillir sur le site d'Ovcara où de nombreuses personnes furent froidement et méthodiquement éliminées.
Il y a 20 ans : d'un côté un nouveau courant rock de Seattle dont Nirvana était le flamboyant étendard ; de l'autre la barbarie qui revient au galop... Je ne peux terminer sans cette cette citation de Mesa Selimovic, « Ecris, afin que Dieu se souvienne. Car c'est comme si ce qui n'a pas été consigné n'était jamais advenu. »


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